Cahier d’auteur #5

 

La Part du Temps – 4ème Extrait

 

Bonjour à toutes et à tous, voilà (en exclusivité) un quatrième extrait de mon roman. tabextr4

Bonne lecture !

 

Extrait du Carnet de mon père.

Pensées sur le Temps page 67  

 

    » Je ne porte pas de montre, car la tyrannie du temps est une atteinte grave à la liberté. « 

Jean d’Ormesson

 

   Est-il possible d’échapper au temps ?

   Nous ne pouvons pas l’apprivoiser. Nous ne pouvons pas nous y soustraire. Nous ne pouvons pas aller et venir en lui.

   Mais est-il possible de s’en absoudre ?

   Nous pensons le temps comme un phénomène changeant, des instants qui vont et qui viennent, alors nous devons avoir la capacité de pouvoir stopper ses effets ; en restant inerte par exemple, en devenant immobile dans un monde mobile. Cela n’empêcherait certes pas le temps d’exister, de continuer d’avancer, mais il nous serait alors possible de nous affranchir de lui.

   Est-ce à cela que nous sert de dormir ou de méditer ? A se fixer dans le temps, contre le temps ?  A ce moment là, nous n’avons plus conscience de lui, et pouvons donc, a priori, nous  libérer de son emprise.

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16h28

   Stetson enfoncé sur la tête, une tige de blé entre les dents, le revolver dans la ceinture : je suis le tireur le plus expérimenté de l’équipe des cow-boys.

   Comme notre fils adore l’univers Western, nous avons demandé à ses invités de venir déguisés pour sa fête d’anniversaire. Après le goûter, les garçons ont forcément voulu s’amuser avec leurs costumes.

   Nous sommes sept cow-boys, durs et intrépides.

   Nous devons affronter les cinq indiens, horribles tortionnaires, qui retiennent captives ma femme et ma fille – elles ont gentiment accepté de se prêter au jeu.

   Notre jardin étant désormais immense – depuis que nous avons racheté une parcelle de notre voisine – il n’a pas été difficile d’établir des camps espacés pour chaque équipe. Les indiens ont pris possession de la partie boisée tandis que nous, les cow-boys, sommes rassemblés devant la cabane, toute proche de la maison.

   Nous nous agenouillons en cercle, prêt à élaborer une stratégie qui nous permettra de sauver Zoé et Morgane.

   Les gamins de mon équipe, armés de colts en plastiques, ont hâte d’en découdre avec les indiens ; tandis que nos adversaires doivent être en train de se préparer à défendre leur position.

   J’en viens d’ailleurs à me demander : qui sont censés jouer les méchants dans ce jeu ancestral ? Les apaches, sioux, cheyennes et autres tribus, étant le plus souvent considérés par les enfants comme les vilains hommes rouges qui scalpent à tout-va ; aux dépens des souverainistes et occidentaux cow-boys…

   L’histoire ne retient que les vainqueurs, et le cinéma a achevé, à la moitié du vingtième siècle, d’installer le cow-boy en modèle d’homme courageux, un tireur d’élite, un fabuleux justicier, qui combat le mal, qui défend la veuve et l’orphelin, qui sauve les opprimés ; un héros des temps modernes.

   Si je n’étais pas au côté de mon fils, je crois que j’aurai préféré être dans l’équipe des indiens tiens !

   — Pour la tactique ché fachile on a qu’à courir et tirer dans le tas ; propose Martial, avec son énervant cheveu sur la langue.

   — N’importe quoi ! Ce serait trop nul de faire comme ça. On risquerait de se faire tirer comme des bisons ; le réprimande Benoît, un grand blond au nez écrasé.

   — Tu veux dire qu’on risque de se faire tirer comme des lapins ; le corrige le petit Théo.

   — T’es bête ou quoi ? Les indiens ils chassent les bisons, pas les lapins.

   — Ouais c’est vrai il a raison ; confirme le reste de la bande.

   — En tout cas le mieux ce serait d’envoyer quelqu’un en éclaireur pour savoir où ils sont cachés ; leur soumet Arthur, se positionnant comme le chef.

   — Ouais c’est comme ça qu’ils font dans les films pour pas tomber dans des pièges ; confirme Théo.

   — Bon ! Qui y va alors ? Sachant que c’est un peu risqué quand même…

   Benoît se lève, courageusement, prêt à prendre ce risque ; mais tous s’écrient qu’il vaut mieux que ce ne soit pas lui, parce qu’il est le plus fort, et qu’en plus, comme il est très grand, il risque de se faire repérer facilement, et qu’il est plus judicieux qu’il soit présent avec eux pour l’attaque.

   — Moi ze vote pour que che chois le papa d’Arthur ; sentence le zozoteur.

   — Ouais moi je suis d’accord avec Martial ; confirme Théo.

   — Quoi ? Mais moi je suis encore plus grand que Benoît ; je me défends, trouvant, d’une certaine manière, injuste le sort que me réserve ces petits ingrats.

   — On a qu’à décider à main levée ; propose mon fils.

   — Ok. Qui vote pour que ce soit le papa d’Arthur qui y aille ?

   Toutes les mains se lèvent – sauf la mienne et celle de mon enfant.

   — Qui vote contre ?

   Le résultat est courut d’avance – mais je lève quand même la main pour montrer mon mécontentement. Arthur, lui, s’abstient.

   Il avait déjà compris la règle d’or d’un chef ; à savoir, ne jamais s’opposer à la majorité de son groupe.

   De retour en enfance, on m’envoyait directement à la potence.

   Arthur me salue en inclinant brièvement son chapeau, le regard grave.

   — Bonne chance papa.

   J’ai l’impression d’être dans un film de guerre, sur le point d’aller me sacrifier et, sachant que je ne reviendrai probablement jamais de cette mission suicide, de voir mon fils pour la dernière fois.

   Je lui souris et pars, la tête haute.

   Je ne le décevrai pas.

   D’un pas déterminé, je m’engouffre dans les taillis. La densité d’arbres et le volume des broussailles me dissimulent des yeux perçants des peaux-rouges.

   J’avance prudemment, essayant de faire le moins de bruit possible, la main, par sécurité, posée sur mon revolver, prêt à dégainer ; et en moi résonne la musique d’Ennio Morricone, Le Bon, la Brute et le Truand, lorsque la tension monte dans le cimetière et que Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Eli Wallach se font face.

   Un indien, Simon, le binoclard, me surprend presque, et ce n’est qu’à ma rapidité et ma souplesse que je dois mon salut – d’un maladroit plongeon derrière un talus. Un autre m’aurait probablement repéré mais le petit Simon, assurément à cause de sa myopie, faisait un piètre vigile.

   Il passe tout près de moi, sans même un arrêt, et continue sa ronde inutile.

   A une vingtaine de mètres, j’aperçois ma femme et ma fille qui, étonnamment – au lieu d’être attachées à un poteau, les mains liées dans le dos, le regard implorant la miséricorde de leurs tortionnaires – sont en train de discuter avec le groupe, et, assises en tailleur, donnent même carrément l’impression de leur donner des directives.

   Elles ne sont plus otages.

   Elles sont devenues des membres de la tribu, les chefs de ces petits archers.

   Il y a comme une odeur de trahison dans l’air !

   Zoé pointe son doigt de part et d’autre du camp, intime l’ordre à ses sbires de s’éparpiller dans des directions opposées, afin qu’ils puissent prendre notre équipe par surprise lors de l’assaut.

   Deux d’entre eux se dirigent vers moi. Je décide donc de rebrousser chemin et d’aller rapporter à mes partenaires ce que j’ai vu.

   Je me replie discrètement, sans faire de bruit.

   Je rejoins mon fils et sa clique.

   Ils paraissent un peu surpris de me revoir ; ils avaient sûrement sous estimer mes compétences ces petits crétins.

   Une fois mon rapport effectué, nous nous organisons.

   Il est décidé que nous nous déploierons en deux groupes identiques – de chaque côté de leur base – pour débusquer les archers qui espéraient nous surprendre. Quant aux filles, une fois  » libérées « , elles allaient devoir nous rendre des comptes.

   Je prends mon arme en plastique dans la main.

   Tous en font autant.

   Nous sommes prêts.

   — Par contre on ne tire pas sur ma mère et ma sœur ; ordonne Arthur.

   Martial soupire.

   — En tout cas cha z’en étais chûr. Ch’est trop compliqué avec les filles. On peut pas leur faire confianche à ches bonnes femmes.         

 

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Merci de m’avoir lu. Rendez-vous pour un cinquième et dernier extrait la semaine prochaine.

 

Frédéric Dessault

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