Cahier de Textes #8

AMNÉSIEflou

 

Après tant d’années, tant de sourires, tant de larmes et de soupirs.

Après les printemps et les hivers, les joies d’enfants et les colères.

Après le soleil ou les nuages, les éclaircies ou les orages.

Après nos balades, nos discussions, nos petits jeux et nos voyages.

Après nos mains qui se trouvaient et nos corps qui s’enlaçaient.

Après toutes ces choses-là, après avoir tant partagé, tout ce que nous avons vécu, ces souvenirs incandescents, deviennent flous, vont disparaître.

Comment cela est-il possible ? Je ne sais pas, c’est un mystère.

Toi qui faisais partie de moi, tu es maintenant une étrangère.

J’ai tout oublié.

Comment te regardais-je ? Je n’en sais rien.

Le goût de tes baisers ? La rondeur de tes seins ?

Que ressentais-je pour toi ? Quel était le son de ta voix ?

Les sensations et les gestes, ce que nous avions l’un pour l’autre, se trouvent bouclés à double tour dans une cellule opaque, noyés sous un torrent de pluies temporelles.

Les heures, puis les mois, se sont égrénées.

Le temps a passé. Impitoyable, il a fait son office, et effacé de mon iris, les courbes, les mouvements de ton corps, ton sourire et ton visage.

Le temps a voulu tout me prendre, ne m’a presque rien laissé, à part quelques images pastels, des esquisses vaporeuses qui s’estompent et se dissolvent dans une brume nocturne.

Ce passé n’est pas réel. Il l’a été. Il ne l’est plus.

Il a migré tel un oiseau, aux plumes acérés, aux larges ailes, s’est envolé toujours plus loin, plus haut, s’évaporant dans le néant.

Il n’est plus qu’un bête mirage, une illusion envahissante, qui a prit possession de mon esprit.

J’en ai conscience, nous ne sommes plus rien l’un pour l’autre, seulement des fantômes d’autrefois ; et moi, un amnésique qui ne se souvient pas…

Tout est devenu flou. Tout a disparu.

Je ne me rappelle pas. Je ne me rappelle plus.

Je ne sais plus ce que tu fais, qui tu vois et où tu vas.

Je ne sais plus qui tu es. Je ne te connais pas.

C’est mieux comme ça !

On me l’a dit. Je n’en sais rien. Probablement.

Mon cerveau a fait du tri, n’a pas conservé grand chose. Peut-être ne l’a-t-il pas voulu, sûrement en quête d’une appaisante salvation…

Et puis un nouvel amour est venu me prendre, m’enserrer.

Cela m’a fait du bien, me fait du bien. Je le sens.

L’amour c’est beau, c’est doux, ça réchauffe un coeur glacé.

C’est toujours un sentiment agréable que d’être amoureux…

Alors voilà. Le constat est là. Je ne pense plus à toi.

Et si j’essaye parfois de me remémorer ce que nous vivions ensemble, que je tente de voyager dans le souvenir de toi, de nous, que je souhaite me bercer de cette musique mélancolique – car j’aime les souvenirs, leurs douces et amers mélodies – je n’entends que le silence, ne perçois que le néant.

Cela m’attriste un peu.

Car s’il ya une chose que je déteste par dessus tout, qui m’exaspère au plus haut point, c’est que les souvenirs méchappent, que mon passé s’écroule, que je le perde.

Et aussi les adieux… Je haïs les adieux. Je les ai toujours détesté.

Ils sont trop irréversibles, définitifs. Ils ont trop le goût des larmes et des regrets. Et si, parfois, ils semblent tendres et même touchants, tel un dernier coucher de soleil qui s’évanouit dans l’horizon, ils n’en restent pas moins un point final, une dernière page, l’acte ultime d’une pièce dans laquelle l’on s’est construit, épanouit.

Ils sont un livre que l’on referme, que l’on ne relira plus jamais, dont l’on a pourtant savouré chaque mot, mais qui, désormais, dormira sur l’étagère poussiéreuse où s’entreposent toute les histoires anciennes, vestiges du passé…

Mais la vie est ainsi faite.

Tout cela, dorénavant, appartient au temps ancien. Laissons-le là. Oublions-le.

Laissons-le là et avançons, élançons nous vers demain, vers les beaux jours qui nous attendent…

Mais si un jour incertain, par inadvertance, par le plus tendre des hasards, un doux souvenir m’apparaît, vient saisir mes pensées, j’essayerais de le garder, de l’emprisonner, peut-être même de le cajoler, afin de ne plus jamais l’oublier, promis, juré.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Merci de m’avoir lu.

C’était un texte un peu perso, mais parfois on ne décide pas de ce qu’on va écrire. Ce sont les mots qui viennent à nous. Alors ne reste plus qu’à les poser sur un bout de papier, leur donner vie, les libérer… 

A bientôt ! Bonne soirée… ou bonne journée (selon quand vous lirez ces phrases) 😉

Frédéric Dessault

4 réflexions sur “Cahier de Textes #8

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