Cahier de Textes #8

Un conte de Noël

 

sapinsapinsapin

 

Bonjour à toutes et à tous,

Puisque aujourd’hui, déjà, nous sommes le jour du réveillon, et que demain les enfants (et les adultes aussi, y a pas de raison…) découvriront plein de cadeaux au pieds de leur sapin, je tenais à vous partager ce petit conte de Noël que je viens de finir d’écrire et qui, je l’espère, vous plaira…

Je vous souhaite une bonne lecture et vous remercie d’avance de m’avoir lu. 

Joyeux Noël à tous !

 

PETIT SAPIN

 

 

   Il était une fois un tout petit sapin, minuscule, pas plus haut qu’une chaise et aussi frêle qu’un roseau. Au coin d’une rue froide, il attendait qu’une famille vienne le chercher. Ses branches rachitiques lui donnaient un air triste, et ses aiguilles vertes, aussi piquantes que des dards, empêchaient quiconque de l’approcher.

   C’était bientôt Noël et tout le monde était joyeux. Les gens venaient en famille pour emporter un beau sapin, celui qui décorerait leur maison et qui, après le passage du Père-Noël, garderait bien au chaud tous les cadeaux pour les enfants sages. Alors sur le trottoir on entendait des rires, on voyait des sourires, et l’impatience dans les yeux des petits et des grands. Mais le petit sapin était bien malheureux, car aucune famille ne l’avait encore choisi, lui qui ne rêvait pourtant que de ça, qu’on l’adopte, qu’on l’emmène loin d’ici.

   Mais le petit sapin savait comme il était difficile d’attirer les regards, qu’avec son physique ingrat il faisait peine à voir. Qui pourrait bien vouloir de lui ?

   Quand les humains venaient choisir l’arbre qui ornerait leurs salons, ils ne s’arrêtaient jamais devant lui, et ne le regardaient pas, lui préférant toujours les fiers et majestueux conifères qui se trouvaient à ses côtés.

   Et chaque fois qu’un grand sapin était emporté par une famille, le petit sapin se morfondait.

— Qu’il semble heureux celui-là ! Quelle chance il a !  Connaîtrais-je, moi aussi, un jour cette joie ?

   Et, loin de s’attendrir, ses imposants voisins, hautement dressés, prenaient plaisir à le moquer :

— Mais enfin, regardes-toi petit sapin ! lui disaient-ils. Ne vois-tu pas à quel point tu sembles ridicule à côté de nous ?!  Tu es beaucoup trop petit, trop fragile, et fort laid. Tu ne ferais pas belle impression au milieu d’un grand salon.

   Et ils riaient tous. Et le petit sapin ne leur répondait rien, car, pensait-il, ils avaient certainement raison : personne ne voudrait jamais de lui, d’un sapin si lamentable. Et tandis que les autres, ces sapins orgueilleux, se réchaufferaient dans les maisons, ces lieux magiques où résonnent les rires et les chants des enfants, lui resterait seul, dans le froid de l’hiver, triste et glacé.

   Le vendeur de sapin, quant à lui, ne faisait rien pour le rassurer, bien au contraire. Plusieurs fois déjà il avait admis ne pas savoir quoi faire de lui et se demandait par quel subterfuge il pourrait en tirer un prix raisonnable.

   La journée s’écoula lentement pour le petit sapin.

   Beaucoup partaient. Lui restait là.

   Puis l’air se fit plus frais. L’obscurité vint. Les lumières s’éteignirent.

   Cette nuit-là, le petit sapin ne dormit pas, mais il rêva tout de même. Il s’imaginait dans une belle maison, aimé et respecté, décoré de multiples couleurs et coiffé d’une étoile, comme on le lui avait raconté.

   Au petit matin, alors que le jour n’était pas encore levé, il reconnut le vendeur qui installait son matériel, et l’entendit, une fois de plus, se plaindre de lui : — Que vais-je en faire de celui-là. Personne n’en voudra, soupirait-il. Il est bien trop petit et bien trop laid. Et puis il ne fait pas bonne impression à côté des autres, il gâche mon échoppe, et va finir par m’empêcher des affaires. C’est décidé, s’il n’est pas vendu d’ici la fin de la journée, je le découperais moi-même. J’en ferais du petit bois. Sûr qu’au moins il brûlera bien !

   Le petit sapin avait tout entendu et s’en trouva terriblement épouvanté. Quoi ? On voulait le couper, le jeter, le réduire en cendres ? Quelle horreur ! Et tout cela parce qu’il était laid ? Quelle injustice !

   Même les autres sapins, cette fois-ci, n’osèrent se moquer de lui. Certains le prirent même en pitié, notamment un vieux sapin qui, sage et bon, tenta de le réconforter.

— Mon pauvre petit. Tu n’es pas beau, cela est vrai, mais je te plains. Aucun sapin, si petit soit-il, ne mérite les flammes.

— Mais que puis-je faire ? lui rétorqua le petit sapin.

— Tu n’as pas le choix mon petit. Il te faut d’urgence trouver une famille.

— Facile à dire, mais personne ne veut de moi ! Cela fait des jours maintenant que j’attends, que j’espère dans le froid, et rien ne vient… Comment faire pour que l’on s’intéresse à moi ?

— Je vais t’aider petit sapin, ne te fais pas de mauvaise sève, déclara l’ancien.

   Le petit sapin sut, à ce moment-là, qu’il s’était fait un bon ami. Mais, malgré tout, malgré le réconfort que lui procurait ce soutien, il ne cessait de s’inquiéter, car il s’agissait tout de même de finir, le soir venu, en petit bois, bon à brûler, s’il ne trouvait pas d’acquéreur.

— Petit sapin, je vais t’apprendre une technique apprise du temps où je vivais dans les bois. C’est un vieux chêne qui me l’avait montré pour se faire admirer des promeneurs. Et cela fonctionnait à merveille, sois en sûr.

   Le petit sapin écouta avec attention la leçon de l’ancien.

— Lorsque quelqu’un passe à côté de toi, aspire le vent, gonfle ton bois, étire tes branches, montre-toi dans toute ta force et ta noblesse. Alors les gens te trouveront beau et audacieux. Ils te regarderont et t’admireront.

— Merci de tes conseils, lui répondit le petit sapin. Je vais essayer de faire comme tu m’as dit.

   Le petit sapin attendit.

   Et quand, enfin, un enfant approcha, il aspira tout le vent qu’il pouvait, il gonfla son bois, étira ses branches, voulant s’étendre et s’agrandir aussi loin et aussi haut qu’il le pouvait. Mais il gonfla si bien et s’étira si fort que, maladroitement, ses aiguilles vinrent piquer le nez de l’enfant qui, surpris et apeuré, se sauva en hurlant.

   Le vendeur, qui avait tout vu, se fâcha. Le petit sapin venait de lui faire perdre un client et il ne pouvait tolérer cela.

   Il s’approcha du petit sapin et lui réitéra sa menace : — Je te le dis une fois de plus, dès ce soir je ne veux plus te voir. Tu seras vendu ou bien brûlé. Au moins tu ne me feras plus perdre d’acheteur.

   Le petit sapin se sentait honteux et fort triste de son échec, mais surtout effrayé par les nouvelles menaces du vendeur.

— Mon pauvre ami, tu n’es vraiment pas verni, lui dit l’ancien.

— Je ne sais pas ce qui a cloché. J’ai pourtant fait comme tu me l’as dit.

— Je le sais bien. Je l’ai vu. Mais il va falloir trouver autre chose.

—  Ho cela ne sert plus à rien de toute façon, puisque je suis condamné…

— Allons ! Allons mon jeune ami ! Ne te résigne pas si vite. Nous trouverons une solution.

   Et la matinée passa. L’ancien ne trouva pas de solution, et le petit sapin désespérait, ne pouvant qu’imaginer le triste sort qui l’attendait quand viendraient la Lune et le silence.

   C’est alors qu’une enfant, espiègle et enjoué, s’approcha d’eux telle une danseuse. Elle virevoltait dans tous les sens, sautillait d’un pied sur l’autre, faisait voler ses longs cheveux.

— Eureka, s’écria l’ancien. Petit sapin ! Petit sapin ! Regarde cette enfant. La voilà la solution. Fait comme elle, ondule tes branches, laisse le vent s’engouffrer entre tes bois, et danse, danse comme le fait cette petite, cela devrait certainement lui plaire.

   Alors le petit sapin, imitant la fillette, laissa le vent venir à lui. Il s’abandonna dans une danse étonnante. Ses branches, avec de larges mouvements vifs, tentaient de caresser le ciel, de chasser les nuages, comme on chasserait une mouche.

   La petite fille remarqua l’étrange chorégraphie du petit sapin. Elle se mit à rire et s’approcha. Elle s’installa face à lui, suivait ses gestes, et elle dansait, comme il le faisait. Elle s’amusait comme une folle, et elle riait, elle riait prodigieusement, elle riait aux éclats.

   Le petit sapin n’avait jamais entendu de son plus doux que celui-ci. Il ne s’était jamais autant amusé. Il ne s’était jamais senti aussi heureux.

— C’est celui-là que je veux maman, dit la petite fille à sa mère.

   Mais la dame, avec l’ennui et la tristesse qu’il siée aux grandes personnes – et que ceux-ci aiment à nommer sagesse – tira sa fille par le bras, lui affirmant qu’elle n’achèterait jamais un sapin aussi grotesque et ridicule. Elle ordonna à sa fille d’en choisir un autre, et l’emmena vers les grands et beaux sapins.

   Le petit sapin devînt chagrin, il n’avait plus aucun espoir. Il avait l’air tellement triste que même l’ancien se tut, ne sachant les mots qui pourraient le consoler.

   L’après-midi s’écoula, lentement, et aucun autre humain ne s’arrêta devant le petit sapin qui, d’un vert de plus en plus terne, d’une allure de plus en plus sinistre, se décomposait au fil des heures.

   Le petit sapin vît partir un à un tous les autres sapins, fît ses adieux à l’ancien, qui eut le privilège, lui aussi, d’être choisi par une famille. Il n’en fut pas amer, il n’en fut pas jaloux. Bien au contraire, cela le réconfortait de savoir que son ami, lui, au moins, allait pouvoir jouir d’un doux foyer. Il se sentait heureux pour l’ancien, autant qu’il était peiné pour lui-même.

   La nuit tomba.

   Le vendeur eut vite fait de ranger ses affaires, comme il était pressé de rentrer chez lui et de se réchauffer près d’un bon feu.

   Le petit sapin fit ses adieux au ciel, à l’air frais, aux nuages, aux lumières de la ville, à ce qu’il aimait de la vie, à ce qu’il en détestait aussi, à ce monde trop injuste. Désormais, il le savait, il ne serait bientôt plus qu’un tas cendres, et son petit corps fluet, après les flammes rouges, s’envolerait dans le ciel noir en volutes de fumée.

   Et alors que le vendeur s’apprêtait à le saisir, que le petit sapin, résigné, avait fini par accepter son sort, sortant de la brume, un homme essoufflé, immensément grand, surgit.

   Le géant exposa son problème au vendeur ; il lui fallait d’urgence un sapin pour ce soir, il l’avait promis à son fils.

   Le vendeur lui dit que c’était impossible, puisque tous ses sapins avaient été vendu, et qu’à cet instant il n’en avait plus un seul à lui proposer.

— Et celui-là ? demanda le géant, en montrant le petit sapin.

— Ha ! Celui-là vous n’en voudriez pas ! Revenez donc demain, j’en aurai de meilleurs.

— Et pourquoi donc n’en voudrai-je pas de celui-là ? rétorqua le géant.

— Enfin monsieur ! Regardez-le ! Ne le voyez-vous pas ?! Il est bien trop laid et trop petit pour faire un bon sapin. Sachez que ce soir, une fois chez moi, je vais en faire un très bon feu.

— Certainement pas. C’est celui que je veux monsieur, s’énerva le géant, les joues rougies par la colère.

— Vous… vous en êtes bien sûr ? balbutia le vendeur.

— Tout à fait. Il sera parfait… Combien en voulez-vous ?

   Le géant sortit son portefeuille.

— Ho je ne suis pas un voleur ! Ce sapin ne vaut rien. Je vous le donne.

   C’est ainsi que l’affaire fut conclue et que géant sauva le conifère d’un funeste destin. Il emporta le petit sapin avec lui, le tenant dans sa main comme on tiendrait un parapluie.

   Le petit sapin fut installé dans un grand et beau salon et, au milieu de cette pièce démesurément vaste, semblait avoir diminué, être devenu encore plus petit qu’auparavant. Mais il se sentait soulagé, loin du froid et de la peur. Il se sentait en vie.

   C’est alors qu’apparurent deux formes immenses.

   La femme du géant sauta aux bras son mari tandis que leur fils, d’une taille gigantesque, aussi grand que son père au même âge, approcha du petit sapin.

   Il le regarda longuement, admira son allure, caressa ses branches frêles.

   Le petit sapin se sentit un peu gêné, lui qui n’avait jamais eu tant d’attention, lui qui ne croyait pas, un jour, avoir droit à tant d’amour.

   L’enfant géant lui fit un grand sourire et lui murmura ces quelques mots :

— Vois-tu petit sapin, je te trouve très beau. Tu es vraiment magnifique. Mais j’imagine que l’on a dû se moquer de ta taille, et je me doute que cela fut dur, comme cela le fut pour moi. Mais ne t’en fais pas, je prendrais soin de toi maintenant. Tu seras heureux ici.

   Et le petit sapin, s’il ne pouvait sourire, fût envahi d’une joie immense.

   Puis on le couronna d’une étoile légère, fine et scintillante, qui lui allait fort bien. Et alors il se sentit vraiment beau.

   Il était heureux dans cet endroit chaud et douillet où, entourée de géants, il était enfin aimé.

   Il pensa à l’ancien, espérant que lui aussi ait trouvé refuge chez une famille aussi gentille.

   Et, dans la joie et le bonheur, dans la compassion et dans l’amour, le petit sapin vécu le plus beau des noëls, plus beau encore qu’il n’aurait pu l’imaginer.

 

FIN

 

Frédéric Dessault

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s