Cahier de Textes #13

UN AMIcartoon-cute-friendship-love-Favim.com-3132261

 

Elle n’en pouvait plus d’être seule. Elle en crevait d’ennui.

Elle avait parcouru maintes fois les environs, ratissé chaque coins, chaque cachettes, mais n’avait trouvé personne. Pas un chat ! Pas âme qui vive !

Et elle était épuisée. Cela faisait des heures qu’elle cherchait, qu’elle désespérait.

Elle avait tant envie de rencontrer, enfin, une présence bienveillante, un ami pour s’amuser, une épaule pour se reposer…

Sa solitude lui pesait tellement !

Elle qui était née dans un tas d’ordures et qui avait dû, à l’aube de ses jours, apprendre à se débrouiller seule.

Elle qui n’avait pas de parents, pas de frères, pas de soeurs, et qui s’était retrouvé perdue, ici, au milieu de nul part.

Elle qui avait appris seule à se nourrir, à s’abriter, à se repérer, à voler pour survivre.

Elle était fatigué de sa solitude.

Alors elle cherchait, sans relâche, depuis des jours maintenant.

Trouverait-elle cet ami qui lui manquait tellement ?!

Pas ici. Il lui fallait migrer plus loin, encore plus loin, toujours plus loin.

Elle reprit son chemin, continua à errer, au hasard, dans l’attente d’une rencontre. Et c’est alors qu’elle aperçut, derrière un mur de tuyas, une maison aux volets bleus. Elle s’approcha discrètement, avec précaution, et s’aperçut qu’une fenêtre était ouverte.

Elle se glissa par l’ouverture.

Le salon était immense. Les meubles paraissaient gigantesques.

Certainement la maison d’un gentil géant, s’imagina-t-elle.

Elle explora la pièce, longuement, méticuleusement, tournait en rond, à la recherche de l’ami dont elle rêvait tellement.

Elle se reposa un bref instant, se frotta les bras, comme pour se les réchauffer ; c’est vrai qu’il ne faisait pas très chaud ici.

Elle reprit son étrange ronde mais dû bien vite se résigner : la pièce était vide.

Elle se sentit triste, épuisée, résignée, et s’apprêtait à repartir, lorsqu’elle entendit un son, une voix.

Elle se précipita dans sa direction et fut étonnée par ce qu’elle vît : plein de gens parlaient, gesticulaient, coincés dans un grand rectangle noir.

Ha ! Ils sont là ! se dit-elle ravie.

Et c’est sans se poser plus de question qu’elle se dirigea vers eux. Elle chercha à  les toucher, à les humer, tenta de communiquer avec eux, mais fût, une nouvelle fois, fort déçue.

Ces gens là n’avaient pas d’odeur, aucune chaleur, pas même un coeur qui bât. Ils étaient sans vie.

Elle ne comprenait pas. Quel étrange maléfice était-ce là ?! Cette machine diabolique l’avait trompé, lui avait fait croire à une fausse réalité, pour se moquer d’elle, pour l’humilier.

Pffff ! Je déteste ce truc ! se lamenta-t-elle, vexée, en se retournant.

C’est alors qu’elle découvrit, affalé sur un fauteuil, celui qu’elle recherchait.

Elle s’avança, s’installa à ses côtés, le touchait presque. Mais le géant ne l’aperçut pas, trop absorbé par les images qu’envoyait la machine à rêves.

Comme il est beau ! Comme il est immense !

Sûr qu’avec un ami comme lui personne n’osera jamais m’embêter !

Elle lui fît un signe mais il ne la distingua pas.

Elle s’approcha un peu plus et lui donna un petit baiser, mais il ne le sentit pas non plus.

Alors elle se plaça devant lui et entama une danse, pour le charmer, pour lier connaissance. Elle dansa en tous sens, virevoltante et gracieuse, afin qu’il la remarque.

Enfin ! Il se lève. Il m’a vu. Et il semble adorer ma danse puisqu’il m’encourage et m’applaudit. M’admirerait-il déjà ?

Puis il esquissa quelques pas, fit de larges mouvements de ses bras, dansa avec elle.  Il n’est pas très doué, reconnue-t-elle, mais sa maladresse est si drôle, si candide, si mignonne.

Et se faisant face, ces deux êtres, enfin réunis, dansaient, s’apprivoisaient. C’était beau ! C’était joyeux !

L’homme fît mine de vouloir la saisir mais elle se déroba.

Ce que ce jeu est amusant !

L’homme fit semblant d’être vexé et, mimant la colère, laissa le rouge lui monter aux joues. C’était pour rire, elle le savait bien. Il s’amusait d’elle, lui jouait la comédie. Et quel talent il a ! Quel bon acteur il est ! Comme il est drôle !

Elle s’amusait follement. Elle était si contente de s’être enfin trouvé un véritable ami.

C’est alors que le géant fatigué se laissa tomber dans son fauteuil.

La danse l’a épuisé, le pauvre !

Alors elle s’approcha de lui. Il ne réagissait pas.

Elle se posa contre son bras. Il n’eut pas de réaction.

Elle eut peur tout d’un coup.

Pourvu qu’il aille bien ! Pourvu que cette danse ne l’ai pas tué !

Non, pensa-t-elle, il doit sûrement encore me jouer un tour, talentueux comme il est ce grand farceur.

D’ailleurs elle l’entendait respirer, voyait son torse se soulever. Je me suis fait du mauvais sang pour rien, se rassura-t-elle.

Elle se colla à lui, lui embrassa l’épaule.

Comme elle était heureuse !

Elle se berça de cette fantastique amitié, s’abandonna à de joyeux sentiments, sur le bras de son ami.

Son rêve était devenu réel. Elle n’était plus seule. Dorénavant, elle avait quelqu’un avec qui tout partager.

Elle ferma les yeux, folle de bonheur, appaisée.

Alors elle ne vit pas la main se lever, cette main dure et froide, qui, plus rapide que le vent, plus méchante que le diable, s’abbatit sur elle et l’écrasa.

J’ai fini par l’avoir cette saloperie de mouche, gueula l’homme victorieux.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Merci de m’avoir lu.

Je sais, la fin de cette histoire est un peu brutal, mais j’espère néanmoins que vous n’en avez pas trop souffert. Si tel est le cas j’en suis navré. Mais en y réfléchissant bien c’est probablement cela qu’il se passe lorsque une mouche nous vole autour. Peut-être cherche-t-elle à établir un contact avec nous tandis que nous, êtres insensibles et immoraux, répondons à son invitation par une chasse ou/et une exécution. ( Il faut dire aussi, pour notre défense, que certaines d’entre elles sont souvent trop insistantes et que cela vire à l’impolitesse ). Enfin ! Qui sait ? Tout est une question de point de vu.

A bientôt. 😉

8 réflexions sur “Cahier de Textes #13

  1. Frédéric Dessault dit :

    Je ne connais pas cette chanson ( en même temps je n’ai jamais vraiment écouté Thomas Fersen, à part  » les papillons  » dont je me rappelle vaguement). Voilà une raison supplémentaire pour moi de découvrir un peu plus ce chanteur. Je vais de ce pas écouter la chanson sur les mouches en tout cas… 😉

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s