Cahier de Texte #14

 

MON PETIT MONDE          f82416b773cfc2fc15e5408342475e77

 

Mon petit monde est tout petit, j’en ai fait mille fois le tour.

C’est une tanière confortable où je traîne tous les jours.

C’est un endroit un peu cocon mais aussi un peu prison, une place qui me guérit, un poison qui me nourrit.

Mon petit monde, le pauvre, je ne lui trouve plus de saveur. Ses arômes, autrefois doux, me semblent fades. Ses couleurs, belles et vives, ont trop terni. Lui, auparavant si joyeux, si drôle et lumineux, je n’en décèle maintenant qu’un voile opaque, un nuage sombre, un ciel toxique où les oiseaux ne volent plus.

Mon petit monde est devenu laid.

Le problème ne vient pas de lui, je le sais bien, il vient de moi.

C’est moi qui ne veux plus de lui, moi qui veut le fuir.

Je n’en peux plus de mon petit monde. Je ne l’aime plus. Il m’étouffe. Il me tue.

Mais mon petit monde ne se laisse pas faire et, tel un amant délaissée, jaloux et possessif, il fait tout pour me garder. Se faisant parfois ami, parfois geôlier, il continue à m’enlacer, dans une étreinte emprisonnante, soporifique, redoutant que mes yeux infidèles n’aillent se poser sur des merveilles d’ailleurs.

Mon petit monde m’a fait zombie, et c’est un peu ma faute, je dois l’avouer, car je l’ai laissé faire.

Et moi qui autrefois m’amusait dans ce petit monde, moi qui y riait, qui y vivait avec bonheur, je me suis fait fantôme, une âme errante, et je végète, telle une ombre morte, en son sein déprimant.

Léthargique entre ses murs, je me morfonds, ne trouve pas le courage de lui échapper.

Mais c’est toujours à cause de lui, de mon petit monde, le fourbe, il m’a métamorphosé.

Je suis devenu le dormeur imbattable qui s’éveille pour aussitôt se rendormir, le roi des 1,2,3, soleil qui ne se fera jamais chopper.

Mon petit monde m’ennuie, je le connais trop bien, il ne me surprends plus, n’a plus rien à m’apporter, il m’a enlevé ma joie, m’a voler mon enthousiasme.

Je veux rencontrer des gens nouveaux, découvrir d’autres paysages, voyager dans d’autres mondes…

Ce qui est étonnant c’est que je ne me suis jamais senti aussi libre, aussi curieux, aussi ouvert, avide de connaissances. Je ne me suis jamais senti aussi artiste et créatif. J’ai l’impression d’avoir évoluer, de m’être amélioré… Et pourtant je me morfonds.

Car ce savoir nouveau m’a fait découvrir la chose que je désire par dessus tout : la liberté.

Libre, je pourrais l’être assurément, qui pourrait bien m’en empêcher ; même si j’entends l’écho des moralisateurs, leur jugement sourd et leurs paroles sentencieuses, ces gens qui aiment blâmer et qui veulent toujours nous faire croire que le devoir importe plus que le bonheur, que l’on doit servir plutôt que de rêver, que je devrais les suivre plutôt que m’égarer, qu’il serait mieux, pour mon bien, pour mon salut, que je fasse comme tout le monde, comme eux, que je me plie, courbe l’échine.

Je ne les écouterai pas. Je ne les écouterai plus. Jamais.

Que me manque-t-il alors pour être heureux ?

La reconnaissance ? Peut-être.

L’envie d’une liberté totale ? C’est fort probable.

Il me faut encore chercher ce bonheur, cette délivrance tant désiré.

Mais surtout il me manque un lointain, un lendemain, une aventure.

Je veux rêver.

Je veux voyager. Je devrais partir, plus souvent, plus souvent que je ne le fais.

Surtout qu’après y avoir bien réfléchi j’en suis venu à ce constat : Je ne suis bien qu’ailleurs.

Je veux voir d’autres pays, voyager dans d’autres lieux, découvrir d’autres cultures.

C’est toujours ça qui m’a habité, cette envie irrépressible, ce goût de la liberté.

J’ai toujours détesté la monotonie, le quotidien.

Je dois partir. Pourquoi ne le fais-je donc pas ?

Je suis trop partagé, déchiré, par la crainte et par l’envie.

Je veux voyager, mais l’inconnu m’effraie, autant qu’il m’attire. Cela me fait douter.

Mais je crois maintenant avoir enfin compris cette leçon : on ne doit pas se priver de faire des choses par crainte.

Je dois apprivoiser ma peur.

Je dois m’éveiller, sortir de ma torpeur, faire mon sac et m’en aller.

Je dois partir, et puis renaître.

Quitter mon petit monde.

Vivre à nouveau.

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Parfois on a envie de tout plaquer, de s’en aller découvrir l’inconnu, de se barrer de son quotidien étouffant… mais on ne le fait pas. Pourquoi nous mettons nous autant de barrières et ne faisons que très rarement ce que l’on a réellement envie de faire ? On se construit nos propres cages, c’est étonnant. La liberté est-elle aussi effrayante qu’elle est attirante ? Pourquoi n’ose-t-on pas ? 

Je cherche mais n’ai pas encore trouvé de réponse à cette question. ( mais promis, je vous la partage si l’illumination me vient un jour, mais j’en doute ) 🙂

Bises

A bientôt

Frédéric Dessault

4 réflexions sur “Cahier de Texte #14

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