Cahier de Textes #16

Écriture intempestive (et ce texte n’a aucun sens)

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Le soleil est flamboyant, illumine mon visage, oblige mes pupilles à se plisser. L’astre n’est sûrement pas dupe de mon état, ni de mon âge, et met à jour les ridules qui tapissent les coins de mes yeux.

Installé sur une chaise inconfortable en plastique vert, face à mon ordinateur, et face à l’immense cercle jaune trop lumineux, j’écris.

Un vent frais et automnal me procure un frisson, fait voler une feuille tombée.

Je m’allume une cigarette, une menthol, c’est plus frais, plus de saison.

Je fixe mon écran mais la lumière est si vive que je n’y distingue que mon reflet. Du coup, ne pouvant contenir une bouffée narcissique, je passe quelques secondes à me regarder.

Comment suis-je aujourd’hui ? Comment me trouve-je ?

Les cheveux décoiffés, la barbe plus longue qu’à l’accoutumée et le regard fatigué…

Pas trop laid ma foi ! Cela est rassurant.

Pas trop beau non plus ! C’est aussi bien. Je ne voudrais pas avoir déjà atteint la plénitude de mon potentiel physique, et peux ainsi toujours espérer m’améliorer.

En fait je me trouve une tête d’auteur : un visage de doux rêveur, un air mélancolique, encore espiègle, même si mes yeux manquent encore de sagesse. On pourrait penser que j’ai le physique de l’emploi, mais rien n’est moins vrai, car si je m’emploie pleinement à l’écriture, celle-ci est d’une maigreur pécuniaire inquiétante, voire anorexique.

L’écriture est une passion prenante, de plus en plus, un travail harassant, de plus en plus aussi, de longue haleine, carrément (c’est pourquoi, pour avoir une bonne haleine, mieux vaut fumer des menthols que des blondes… cqfd). Lorsqu’on lit un auteur talentueux on a souvent tendance à penser que c’est un génie littéraire et qu’il a certainement dû tout écrire d’une traite, en un flot ininterrompu qui inspire l’admiration . Moi aussi je me dis ça parfois, et j’en tire la conclusion que si cela s’avère réel je dois bien être l’un des auteurs les plus nuls du monde, du moins les plus lents assurément (quoi que ça commence à faire de longues années qu’on attend le nouveau – et dernier – tome de Game of Thrones, donc ce bon vieux Georges R.R Martin est peut-être encore plus lent que moi… Ha ! Ça rassure)

Moi, en tout cas, il m’en faut du temps, des relectures, des réécritures, avant d’achever un texte…  

Bruits multiples.

Le vent qui souffle. Le vol d’un avion. Une perceuse stridente. Les toussotements d’un voisin. Quelques insectes qui sifflent. Quelques oiseaux qui chantent. Une voiture qui roule. Un tracteur qui démarre. Un moteur qui vrombit.

Une dernière bouffée nocive et j’écrase ma cigarette dans le cendrier.

En fond musical, la voix délicieuse et le flow, parfois dansant, parfois langoureux, d’Angèle, une jeune chanteuse belge que j’ai découvert récemment. C’est vachement bien. C’est sûr que ce son est plus agréable que la plupart de ceux, aux alentours, qui viennent m’agresser l’oreille.

Qui a dit que la campagne était silencieuse ? Ça ne peut dater que d’une époque révolue, celle d’avant l’invention des machines, des moteurs et des roulis…

Je tape sur le clavier. Mes doigts sont vifs, lourds, indélicats, et je sais que je devrais par la suite – lors d’une relecture et de quelques ajouts de mots et de pensées, afin d’essayer de masquer quelque peu la désuétude de ce texte – en corriger les fautes d’orthographes et de conjugaisons que font sans cesse ces doigts empressés lorsqu’ils tapent comme ça, en vrac. Ils sont nuls à chier, quasi analphabètes, et pourtant je ne cesse d’essayer de leur apprendre…

Pour le moment, les phrases sortent toutes seules, je les laisse faire, sans complaisance, sans attente. Elles ne racontent pas grand chose, rien de bien intéressant en tout cas.

Alors, quitte à ne rien raconter, autant noter de jolis mots, des mots qui chantent, des mots qui claquent, des mots qui font intelligents.

Je vais piocher au hasard dans mon portable une dizaine de mots compliqués tiens, des mots que j’ai noté, dans une liste non exhaustive, afin d’en vérifier, mais surtout d’en apprendre la définition dans un premier temps, puis de l’oublier dans un second.

( Mots dont je ne vous écrirais pas la définition ici, par manque de volonté et surtout par paresse )

Alors… Qu’avons-nous là ?!

Méphitique.

Réitération.

Déliquescence.

Alors là c’est beau, c’est chatoyant, faut le dire, quoi qu’un peu incompréhensif…

Putatif.

Bon là, ça fait nettement moins classe c’est clair…

Arthropode.

Paradigme.

 Turgescent.

Ceux-là ils écorchent un peu la bouche mais ils font hyper intellos. C’est le genre de mots trop classes à sortir en soirée ( un verre dans la main ou une knacki dans la bouche ).

Pantaphobie.

Endémique.

Polyphonique.

Là ça sonne hyper malheureux, malade, pas bien dans sa peau, on n’a pas envie de les croiser ceux-là ils risqueraient de nous refiler des microbes…

Et pour finir : Antédiluvien.

C’est l’un des mots les plus classes du monde, mais j’ai jamais réussi à le placer dans une phrase, faut dire qu’il ne me revient jamais à l’esprit quand il faut, donc y a encore du chemin à faire pour que j’épate la galerie grâce à lui.

En bref, pour ce que j’en sais, c’est un mot pour dire qu’un truc est vachement ancien, ancré dans le patrimoine depuis la nuit des temps, par exemples la crainte du vide ou des serpents, on en a peur direct, même sans avoir jamais eu affaire à l’un ou l’autre…

Enfin voilà, j’écris ce texte, je sors des mots.

Je ne sais pas pourquoi je les pose là.

Je l’ignore.

J’écris.

Simplement.

Bêtement.

J’écris.

Voilà tout.

Mes mots n’ont aucune valeur.

Ce texte est stupide.

Mais j’écris.

C’est ce moment.

Ce moment présent, fugace et incertain.

C’est toujours bon d’écrire.

Mais je m’arrête là, du moins pour l’instant, du moins pour ces quelques lignes.

Cela suffit.

Ce texte ne raconte vraiment rien.

( tiens pis je vais quand même prendre une petite photo, je vais certainement le publier un jour ce texte que personne ne devrait lire, il faut bien que j’alimente mon blog de temps en temps )

Du coup j’en profite pour vous remercier à cet instant précis, celui où je suis dehors, le cul vissé sur ma chaise à taper maladroitement sur le clavier. Donc merci de m’avoir lu et je m’excuse d’avance, car nous sommes le lundi 8 octobre, il est 17h08, il fait encore bon, le ciel est bleu, et que lorsque vous verrez ces mots cela sera certainement dans un petit bout de temps. Je vous prie de m’excuser d’avoir égratigné vos yeux et vos esprits avec ces phrases absurdes. Je vous prie de m’excuser de vous avoir fait perdre votre temps. Je vous prie de m’excuser à cet instant précis (17h09 maintenant) mais sachez qu’au moment où vous lirez ces lignes je me sentirais tout aussi coupable et confus de vous avoir infligé ça.

Bref, je vous prie de m’excuser. (Au départ j’avais écrit « je m’excuse », mais à la relecture je me suis souvenu que cela n’était pas très poli : on ne s’excuse pas soi-même lorsque l’on a – même bien involontairement – causé du mal à autrui, c’est uniquement autrui qui peut nous accorder son pardon, et autrui c’est toi, c’est vous, chers lecteurs, alors je vous demande – le plus respectueusement et le plus sincèrement possible – de bien vouloir me pardonner) 

Bon, c’est pas tout, mais il faut que je me replonge dans ma micro-nouvelle pour le concours Radio France, surtout qu’on ne doit pas dépasser les 1000 signes, c’est abusé c’est beaucoup trop court. Raconter une histoire qui a un minimum de sens en moins d’une page c’est vraiment chaud quand même…

Tiens, et puis, dernière chose, pour vite oublier ce texte nullissime et que vous ne me jugiez pas trop hâtivement, n’hésitez pas à vous consoler avec mon roman La Part du Temps, toujours dispo sur Amazon, c’est vachement mieux, promis. ( c’était l’instant pub, merci )

En plus je viens de passer son prix à 8 euros au lieu de 12, autant dire que c’est une vraie bonne affaire (enfin c’est surtout pour essayer de faire décoller un peu les ventes, le livre est totalement perdu dans les méandres d’Amazon)

( et là on est le 08 novembre et il est 20h06, c’est fou ces ellipses temporelles dans ce texte…)

Voilà, cette fois je crois que c’est tout.

Je vous souhaite une bonne journée ou une bonne soirée, selon le moment où vous lirez ce texte, si jamais vous êtes parvenus – avec le courage et la patience qui vous sont propres – à aller jusqu’au bout.

Vous êtes chics.

Encore désolé.

Encore merci.

A bientôt.

Bises.

Frédéric Dessault

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