Cahier de Textes #17

 

LES LOUPS SONT ENTRÉS DANS PARIS

marrrrr

 

J’ai écrit ce texte il y a 3 ans, après les tueries, après les sanglots. Je n’ai jamais osé le mettre en ligne sur mon blog, n’en voyais pas la raison, avais l’impression d’un texte illégitime, d’un témoignage qui n’avait pas lieu d’être. Je n’étais pas sur les lieux, ne connaissais aucune des victimes de cette nuit tragique. Mais aujourd’hui, j’ai pris conscience que cette peine nous appartenait à tous, qu’elle serait pour toujours ancrée en nous, dans nos mémoires et me permets donc de partager mon émotion face à ce drame, le jour d’après le drame…

Je regardais le match amical de foot France-Allemagne le vendredi 13 novembre 2015, un match dans lequel les joueurs français menaient face au champion du monde en titre, lui infligeant même un surprenant 2 à 0. Un match abouti, réussi, dont j’attendais de lire, par la suite, un résumé dithyrambique sur les sites sportifs.

C’est alors que le commentateur nous a annoncé qu’il n’y aurait pas d’interview à la fin du match. Des événements grave se déroulaient dans la capitale… d’une gravité que nous n’imaginions pas.

 

La suite ne fut qu’horreur, angoisse et stupéfaction. Des actes innommables venaient de frapper notre chère capitale.

 » Les loups sont entrés dans Paris  » aurait chanté Reggiani.

La mort s’était abattue, férocement, aveuglement, sur les joyeux parisiens, raflant les passants et les ripailleurs qui, en ce soir de week-end, dînaient au resto, buvaient une bière en terrasse; ces gens qui ne l’avaient pas vu arriver cette foutue mort, qui ne connaissaient pas le bruit de la mitraille et le tourbillon de la haine. Le pire avait, semble-t-il, été évité au stade de France ( il fallait tout de même y déplorer une victime), mais les rues Charonne, Bichat, la Fontaine-au-roi et le boulevard Voltaire n’avaient pu échapper au macabre défilé de balles, et l’on découvrait un spectacle sanglant, des trottoirs jonchés de victimes innocentes, des morts, des blessés que la barbarie venait de terrasser.

  » Les loups sont entrés dans Paris. « 

Devant la télé, branché sur l’ordi, on apprenait qu’une prise d’otages avaient lieu au Bataclan. Incompréhension. Crainte. Horreur. Peine. Un torrent d’émotions  submergeaient mon esprit. Que se passait-il ? Où étions nous ? Certainement pas dans la réalité ! Pas dans cette putain de réalité ! Celle d’un pays attaqué par des salopards de fanatiques haineux qui versent le sang de la population pour…Pour quoi au juste ? Pour être considéré comme des héros, des martyrs ? Pour être admiré, voir sanctifié, brièvement, dans leur secte funeste ? Pour lutter contre l’ennemi occidental, et ses « mécréants », ses « païens », qui festoient, s’amusent, aiment et cherchent à profiter de la vie ? Pour semer le trouble, la mort et la peur ? Au nom de qui ? Au nom de quoi ? Au nom de quoi bordel ?!

Les forces de l’ordre ont libéré le Bataclan et alors on a pu mesurer l’ampleur du désastre, la liste des victimes de ces putains de terroristes venaient de monter en flèche.

 » Les loups sont entré dans Paris. « 

J’étais abasourdi, choqué, défait, mais déjà révolté. Face à ses assassins, ses bouchers fanatisés, je voulais ne pas plier.

Je me suis couché tard dans la nuit, ne pouvant détacher mes yeux des informations, tellement invraisemblables, si funestes. Les images se bousculaient dans ma tête et m’empêchaient de trouver le sommeil.

Le lendemain matin, pendant un court instant, je me suis demandé si ce que j’avais vu la veille s’était vraiment passé. Peut-être avais-je tout imaginé et que tout cela n’avait été  qu’un bête cauchemar, ce genre de cauchemar étrange qui peut parfois semblé si réel au réveil et qui nous laisse un peu groggy avant qu’on ne retrouve enfin ses esprits.

Comme cela aurait été salvateur ! Comme cela aurait été bienfaisant !

Mais non. La tragédie avait vraiment eu lieu.

Alors j’ai pleuré. J’ai pleuré les larmes que j’avais étranglé la veille. J’ai pleuré les morts, les innocents, ces gens qui portaient haut, hier encore, sans même le savoir,  l’étendard de notre liberté. J’ai pleuré les jours sombres qui s’annonçaient, notre innocence achevée, notre candeur piétinée. J’ai pleuré l’ignorance et la bêtise humaine.

J’avais l’impression profonde que tout venait de changer, que le monde, tel que nous le connaissions, prenait fin, changeait de cap. Nous allions désormais devoir nous efforcer d’essayer de vivre, comme avant, normalement, malgré les balles, malgré la peur, malgré les risques. J’étais plongé dans mes pensées lorsque j’entendis, au dehors, des oiseaux siffler. Le saurait-il eux le changement irrémédiable qui venaient de s’effectuer dans notre pays, dans nos vies ?

J’ai pris une feuille, un crayon. J’ai écrit. Un texte court. Mon ressenti. C’était la seule chose que je savais faire. C’était la seule chose que je voulais faire : coucher des mots sur un papier, quelques vers pour extérioriser.

Ça il ne me l’enlèveraient pas !

Et ce matin on ne comprend toujours pas, on ne réalise pas
Cette cruauté injuste, cette violence irréelle
On imagine les balles, les morts, les sanglots
Cette étrange barbarie que l’on voit aux infos
Des scènes d’apocalypse au milieu de Paris
Sans discernement ont pris des centaines de vies
Pourquoi ces horreurs ? Où se cachent l’amour ?
Et les oiseaux sifflent et s’envolent…comme toujours.

 » Les loups sont entrés dans Paris. « 

Mais d’eux il ne restera rien. Leur haine et leurs noms tomberont dans le gouffre de l’oubli, tandis que demeureront à jamais, gravé dans nos mémoires, le souvenir de ces parisiens, ces potes, ces jeunes, ces moins jeunes, ces rockeurs, ces amoureux, ces voisins, ces joyeux fêtards, ces frères et ces sœurs… et que toujours de nos poumons, de nos cœurs meurtris, jailliront un hurlement, un cri de vie, un souffle d’espoir, et quelques mots.

Liberté. Égalité. Fraternité. Amour.

 

2 réflexions sur “Cahier de Textes #17

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