Cœur de bois – Partie 3

Devant lui se tenait une vieille dame édentée,

aux yeux immenses et hagards.

Et sans crier gare, sans même le prévenir,

sous le ciel noir et la nuit qui respire,

la vieille posa sa maigre main figée

contre le bras du pauvre condamné.

— Mon bon bûcheron, je suis la Sidération.

Je suis venue à toi pour te saluer.

Alors laisse-moi te donner un baiser.

La Sidération enlaça le bûcheron et, l’étouffant presque, emprisonna sa bouche de ses lèvres ébahis.

Puis elle fila dans le noir et le vent.

Le cœur du gars devînt frissonnant.

Le lendemain, à l’aube, l’homme ne se leva pas,

ses mains étaient trop molles pour aller couper du bois.

Il resta toute la journée à fixer le néant

telle une statue glacée, avec des yeux de géant.

La nuit tomba, et avec le froid.

Un vent lugubre fît trembler, le toit, les murs, et les volets.

Toc toc toc. Quelqu’un frappa à la porte.

Le bûcheron alla ouvrir.

Que pouvait-on vouloir lui dire ?

Devant lui se tenait une vieille dame qui souriait,

aux yeux tendres et bienveillants.

Et sans crier gare, sans même le prévenir,

sous le ciel noir et la nuit qui respire,

La vieille posa sa douce et tendre main

sur l’immense bras de l’homme-chagrin

— Mon bon bûcheron je suis l’Espérance.

Je suis venue à toi pour te saluer.

Alors laisse-moi te donner un baiser.

L’Espérance enlaça le bûcheron et, l’étouffant presque, emprisonna sa bouche de ses lèvres gracieuses.

Puis elle partit dans la nuit et les cieux.

Le cœur du gentil redevînt tout joyeux.

Quand vînt le lendemain, le bûcheron se leva,

et c’est avec un bel entrain, qu’il traversa tout le bois.

Il parti plein d’espoir, chercher sa femme au village,

Car il voulait bien croire qu’elle serait dans les parages.

Et si par bonheur il la revoyait,

il lui offrirait son cœur et son âme éplorée.

Elle ne saurait refuser, en souvenir de leur amour

De lui donner un baiser à la saveur d’un toujours.

L’amoureux chemina fort longtemps, demanda à tous les gens

s’ils avaient vu sa bien-aimée, afin qu’il puisse la retrouver.

Puisqu’on lui conseilla de se diriger au château.

C’est à très grands pas qu’il reprit son trot.

Mais ce qu’il vît près des murailles

le déchira jusqu’aux entrailles.

Sa belle, sa douce, sa bien-aimée,

avait ses joues et ses lèvres rosées,

coller à celles du jeune seigneur

qui lui avait ravi son cœur.

Elle souriait, semblait heureuse,

pleine de fierté et amoureuse,

dans les longs bras du nobliau,

un peu bêta, pas vraiment beau,

et qui n’avait, pauvre engeance,

pas une once d’intelligence.

Le jeune seigneur vît le bucheron,

et le salua sans compassion.

Puis il lui tourna le dos

et retourna dans son château.

Voilà que l’homme voyait sa femme

repartir au bras d’un âne,

qui n’avait pour unique bien que son sang bleu,

ce mauvais air suzerain aux accents impérieux.

Alors le bûcheron fît demi-tour, et c’est d’un pas résigné,

Qu’il rentra chez lui le cœur lourd, sangloter des larmes par milliers.

La nuit tomba, et avec le froid.

Un vent lugubre fît trembler, le toit, les murs, et les volets.

Toc toc toc. Quelqu’un frappa à la porte.

Le bûcheron alla ouvrir.

Que pouvait-on vouloir lui dire ?

Devant lui se tenait une vieille dame qui pleurait,

aux yeux rougies et larmoyants.

Et sans crier gare, sans même le prévenir,

sous le ciel noir et la nuit qui respire,

La vieille posa sa main qui gesticulait

contre le large bras de l’homme attristé.

— Mon bon bûcheron je suis la Tristesse.

Je suis venue à toi pour te saluer.

Alors laisse-moi te donner un baiser.

La Tristesse enlaça le bûcheron et, l’étouffant presque, emprisonna sa bouche de ses lèvres tremblantes.

Puis elle disparut dans la froide nuit.

Le cœur du cocu devînt anéanti.

Quand vînt le jour du triste lendemain, le pauvre bougre ne se leva point.

Il n’alla pas coupé son bois, trop affligé par son état.

Il pleura toute la journée, car cela était trop difficile,

d’imaginer sa bien-aimée coller aux bras d’un imbécile.

Les larmes du bûcheron tombaient sur le sol frais,

imprégnaient tout le salon de son liquide salé.

La nuit tomba, et avec le froid.

Un vent lugubre fît trembler, le toit, les murs, et les volets.

Toc toc toc. Quelqu’un frappa à la porte.

Le bûcheron alla ouvrir.

Que pouvait-on vouloir lui dire ?

Devant lui se tenait une vieille dame qui boudait,

aux yeux tombants et fatigués.

Et sans crier gare, sans même le prévenir,

sous le ciel noir et la nuit qui respire,

La vieille posa sa main dégoûté

contre le bras du mari délaissé.

— Mon bon bûcheron je suis l’Écœurement.

Je suis venue à toi pour te saluer.

Alors laisse-moi te donner un baiser.

L’Écœurement enlaça le bûcheron et, l’étouffant presque, emprisonna sa bouche de ses lèvres craquelées.

Puis elle disparut dans le ciel brumeux.

Le cœur de l’homme éperdu devînt nauséeux.

Et encore le jour d’un méchant lendemain,

le bûcheron sans amour ne se leva point.

Il restait accoudé à la table marron

à s’ingurgiter quantité de boisson.

Il était écœuré, il voulu même mourir,

quand il se rappelait qu’on lui faisait subir

tant d’injustice et tant de peine,

tous ces supplices envahissant ses veines.

La nuit tomba, et avec le froid.

Un vent lugubre fît trembler, le toit, les murs, et les volets.

Toc toc toc. Quelqu’un frappa à la porte.

Le bûcheron alla ouvrir.

Que pouvait-on vouloir lui dire ?

Devant lui se tenait une vieille dame énervée,

aux yeux rouges et vifs.

Et sans crier gare, sans même le prévenir,

sous le ciel noir et la nuit qui respire.

La vieille posa sa forte main

contre le bras du triste humain.

— Mon bon bûcheron je suis la Colère.

Je suis venue à toi pour te saluer.

Alors laisse-moi te donner un baiser.

La Colère enlaça le bûcheron et, l’étouffant presque, emprisonna sa bouche de ses lèvres frémissantes.

Puis elle s’envola dans le ciel étoilé.

Le cœur du gars devînt vite énervé.

Quand vînt le jour du lendemain, le bûcheron était très agité,

et c’est avec un immense entrain qu’il s’engouffra dans les bosquets…

La suite Samedi

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