Nuit céleste

   Minuit avait passé, et la Lune, presque ronde, brisait les ombres de la nuit.

   Dans la chambre close, Célestin ne dormait toujours pas.

   Il avait beau se tourner dans tous les sens, s’imaginer se goinfrer de crêpes à la confiture ou bien se voir jouer avec ses petits soldats de bois, se construire tout un tas de pensées agréables qui l’aideraient à accéder au repos, rien n’y faisait, le sommeil se refusait à lui.

   Ses yeux demeuraient ouverts, désespérement ouverts, happés par les éclats de lumière de cette nuit bien trop claire.

   Alors il tenta, une fois de plus, de compter les moutons qui, capricieux,  s’éparpillaient sans cesse hors de son esprit.

   Face à ce sommeil insaisissable,  Célestin, dans un premier temps décontenancé, commençait maintenant à s’énerver un peu.  

   Pourquoi le repos le fuyait-il ?

   Quelle était la fureur de ce soir qui le privait de ses songes ?

   Et puis, toujours, il y avait cette lumière qui l’appelait, et ce murmure éthéré, brutal et lancinant, qui venait taper dans sa poitrine.

   Célestin n’eut désormais plus qu’une idée en tête, quitter son lit, se dépêtrer de sa chaleur emprisonnante et se libérer du confort des draps soyeux.

   Célestin, cette nuit, échapperait à la torpeur et à Morphée.

   Célestin, cette nuit, voulait contempler l’univers fantomatique et glacé.

   Célestin, cette nuit, appartenait à la Lune et aux étoiles.

   Alors, d’un bond, Célestin délaissa la mollesse du matelas, puis, en quelques pas, se dirigea jusqu’à la fenêtre fermée.

   De là, dans le silence nocturne, il renifla l’étreinte incongrue, antinomique, de l’obscurité et de la clarté qui, toutes deux mêlées, offraient un fabuleux spectacle.

   Il vit cette fable ancestrale, cosmique et magnifique, le chant de la nuit, la mélodie céleste.

   Il vit les étoiles et leurs milliers de scintillements divins qui tapissaient, en révérence à la blancheur lunaire, le ciel sombre et froid.

   Main sur la poignée, il ouvrit délicatement l’ouverture et, une fois celle-ci évaporée, se vit offrir un monde nouveau, énigmatique et fantastique.

   Célestin prit appui contre le rebord et, de tout son corps, huma l’air nocturne.

   Il inspira la nature et l’univers, en de grandes bouffées d’ivresse, ingurgitait le vent et gonflait ses poumons à s’en déchirer le torse.

   Il inhalait le rêve.

   Il dévorait la nuit.

   Alors il sentit des ailes lui pousser, non pas des ailes tangibles qui lui sortiraient du dos en lui déchirant la peau, mais plutôt comme un voile, un coussin, qui l’enveloppait de légèreté et l’absolvait de l’attraction terrestre.

   Comme si Célestin était devenu, lui-même, une particule d’air, qui nageait au gré des vents.

   Célestin s’envola, dans un calme joyeux, une folle sérénité.

   Il était enfin à sa place, dans les cieux et les nuées.

   Il volait.

   Il volait haut ; plus haut qu’un cerf-volant, plus haut encore qu’une montgolfière, plus haut que n’importe quel avion.

   Il dépassait les arbres, les toits informes et les immeubles gigantesques.

   Le ciel était à lui.

   Il était le ciel.

   Il goba un petit nuage, caressa l’épaule d’un zéphyr, tourbillonna dans la plénitude du firmament.

   Célestin était heureux.

   Sans s’arrêter, il plongeait, puis remontait, porter par la terre et les étoiles.

   Il s’amusait.

   Il jouait.

   Comme un enfant.

   Et il riait, et ses rires, disséminés par les courants, venaient cogner contre les chambres des gamins endormis.

   C’était donc ça, le chant céleste de la nuit.

   Il arriva près de la Lune.

   Elle lui sourit.

   Qu’elle était belle !

   Célestin s’approcha plus encore, jusqu’à pouvoir l’effleurer.

   Puis, doucement, tendrement, comme poussé par une force et un désir irréversible, il l’embrassa.

   Alors, dans cet accomplissement sublime, dans cette bulle astrale, dansante et irréelle, dans ce mouvement d’une grâce incandescente, Célestin trouva enfin le repos.

   Le rêve avait pris vie.

Minuit avait passé, et la Lune presque ronde brisait les ombres de la nuit.

   Dans la chambre close, le silence, en drap de douceur, et l’obscurité tiède et reposante, formaient un voile onirique invitant au repos. Célestin ne dormait toujours pas.

   Il avait beau se tourner dans tous les sens, s’imaginer se goinfrer de crêpes à la confiture ou mener à la guerre, du haut de son cheval blanc, ses centaines de petits soldats de bois, se construire tout un tas de pensées agréables qui l’aideraient à accéder au royaume des songes, rien n’y faisait, le sommeil se refusait à lui.

   Ses yeux demeuraient ouverts, désespérément ouverts, telle une porte ébréchée , happée par l’horizon et les éclats de lumière de cette nuit bien trop claire.

   Celestin tenta de se forcer, une fois de plus, à clore ses yeux et à compter les moutons qui, capricieux,  s’éparpillaient sans cesse hors de son esprit.

   Face à ce sommeil insaisissable, Célestin, auparavant décontenancé mais toujours calme, commençait désormais à sentir l’énervement le gagner.  

   Pourquoi le repos le fuyait-il ?

   Quelle était la fureur de ce soir qui le privait de ses songes ?

   Et puis, toujours, il y avait cette lumière qui l’appelait, et ce murmure éthéré, brutal et lancinant, qui venait taper dans sa poitrine.

   Célestin n’eut désormais plus qu’une idée en tête, quitter son lit, se dépêtrer de sa geôlière chaleur, se libérer du confort des draps soyeux.

   Célestin, cette nuit, échapperait à la torpeur et au pouvoir de Morphée.

   Célestin, cette nuit, voulait contempler l’univers fantomatique et glacé.

   Célestin, cette nuit, appartiendrait à la Lune et aux étoiles.

   Alors, d’un bond, Célestin délaissa la mollesse du matelas, puis, en quelques pas, arriva jusqu’à la fenêtre fermée.

   De là, dans le silence nocturne, il aperçut l’étreinte incongrue de l’obscurité et de la clarté qui, toutes deux mêlées, offraient un fabuleux spectacle ; fable ancestrale, cosmique et magnifique, mélodie céleste, chant de la nuit, inintelligible, à peine perceptible, qui le transperça au plus profond de son être.

Il trembla d’émotions, happé par cette harmonie abyssale.

   Il contempla les étoiles et leurs milliers de scintillements divins qui tapissaient, en révérence à la blancheur lunaire, le ciel sombre et froid.

   Main sur la poignée, il ouvrit délicatement la vitre et, une fois celle-ci évaporée, se vit offrir un monde nouveau, énigmatique et fantastique.

   Célestin prit appui contre le rebord de la fenêtre et, de tout son corps, huma l’air nocturne.

   Il inspira la nature et l’univers, en de grandes bouffées d’ivresse, ingurgitait le vent, gonflait ses poumons à s’en déchirer le torse.

   Il inhalait le rêve.

   Il dévorait la nuit.

   Alors il sentit des ailes lui pousser, non pas des ailes tangibles qui lui sortiraient du dos en lui déchirant la peau, mais plutôt une sorte de voile, un coussin, qui l’enveloppait de légèreté et l’absolvait de l’attraction terrestre.

   Comme si Célestin était devenu, lui-même, une particule d’air, qui nageait au gré des vents.

   Célestin s’envola, dans un calme joyeux.

Célestin navigua dans une folle sérénité.

   Il était enfin à sa place, dans les cieux et les nuées.

   Il volait.

   Il volait haut ; plus haut qu’un cerf-volant, plus haut encore qu’une montgolfière, plus haut que n’importe quel avion.

   Il dépassait les toits informes et les immeubles de géants.

   Le ciel était à lui.

   Il était le ciel.

   Il goba un petit nuage, caressa l’épaule d’un zéphyr, tourbillonna dans la plénitude du firmament.

   Célestin était heureux.

   Sans s’arrêter, il plongeait vers le sol, frôlait l’herbe endormi puis, repoussé par la terre et emporté par les étoiles, il montait à nouveau, au-dessus des arbres et des longues branches sinueuses.

   Il s’amusait.

   Il jouait.

   Comme un enfant.

   Et il riait, et ses rires, disséminés par les courants, venaient cogner contre les chambres des enfants endormis.

   C’était donc ça, le chant céleste de la nuit.

   Il arriva près de la Lune.

   Elle lui sourit.

   Qu’elle était belle !

   Célestin s’approcha d’elle.

La blanche astrale l’appelait, senteur d’onirisme qui respirait la plénitude.

Célestin s’avança plus encore, jusqu’à pouvoir l’effleurer.

   Puis, doucement, tendrement, comme poussé par une force et un désir irréversible, il l’embrassa.

   Et alors, dans cet accomplissement sublime, dans cette danse astrale et irréelle, cet acte plein de grâce, Célestin, noué à la Lune, trouva enfin le repos.

   Le rêve avait pris vie.

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