Cœur de bois – Première partie

Il était une fois, dans un pays pas si lointain,

un bûcheron tailleur de bois qui n’avait aucun chagrin.

Il aimait tendrement sa femme et elle aussi l’aimait,

vivaient tous deux à la campagne, à l’orée de la forêt.

Eux qui n’avaient point trop de pain, ne manquaient pourtant de rien,

car il faut dire que leurs deux cœurs débordaient d’un grand bonheur.

C’était un couple passionné. Leur amour était partage.

Et c’est sans aucun regret qu’ils avaient fait un beau mariage.

Ils s’étaient tous deux jurés, devant les arbres fleuris,

Qu’ils ne se quitteraient jamais, qu’ils s’aimeraient pour toute la vie.

Et le matin, à l’aube, quand le bûcheron partait,

la hache sur l’épaule, s’engouffrer dans la forêt,

sa femme toujours le saluait, de son amour, de doux baisers.

Et quand venait le soir, après une dure journée,

qu’il se faisait tard, que le bûcheron rentrait,

sa femme toute heureuse se jetait dans ses bras,

et alors l’amoureuse riait avec éclat.

L’homme ne pouvait s’imaginer vivre un jour sans sa femme.

Ho ! Comme il la chérissait ! Et cela plus que son âme.

Elle était son tendre trésor, son repère, son havre de paix.

Elle était l’esprit et le corps, qu’il ne cessait d’admirer.

Hors un froid matin, le seigneur du comté,

qui n’était pas très malin, mais avait autorité,

s’approcha de la maison, du haut de son grand canasson.

Le bûcheron n’était pas là, déjà parti dans les fourrés,

attelé à couper son bois tant que la pluie le préservait.

Le cheval du cavalier semblait pour le moins fourbu.

Quand lui-même, le cavalier, n’avait rien d’un farfelu

Tout semblait lui appartenir et il se tenait comme tel

un homme auquel l’on doit obéir sous peine de se briser les ailes

Et alors le seigneur, ce méchant nobliau,

héla la femme du coupeur qui lui tournait le dos.

Toi la gueuse vilaine, qui me tourne le dos,

vient donc à ma selle m’apporter un peu d’eau.

Et tu soigneras mon cheval qui paraît fatigué,

afin que l’animal puisse encore me porter.

Presse-toi je suis pressé.

Je ne voudrais pas m’attarder.

La femme, étonnée, avec grâce et fraîcheur,

tourna ses lèvres et son nez vers le petit seigneur.

Et lorsque celui-ci découvrît le doux visage

de celle qu’il avait pris pour une pauvre sauvage,

regretta dans l’instant de s’être emporté,

et ses yeux s’aveuglant devant tant de beauté,

ne purent réfréner un clignement de paupières

c’était son sang qui bouillonnait, d’un désir tortionnaire.

Alors il se repris et voulu changer de ton,

Mais si le cœur était épris, l’homme n’était point écrivaillon.

Et c’est par ces quelques paroles, qui semblaient bien fariboles,

qu’il tenta de complaire à la belle aux joues teintées par le soleil

Veuillez m’excuser gente dame. Je me suis montré bien impoli.

Vous avez trop de charme pour que l’on s’adresse à vous ainsi.

La femme fût gênée, par tant de considération,

elle qui n’avait pour mari qu’un simple bûcheron.

Elle fît un sourire radieux, et celui-ci fît son effet,

dans le regard envieux du gentilhomme envoûté.

Votre sourire, il faut le dire,

est bien trop gracieux

pour s’accoquiner avec des gueux.

Si une journée vous me le permettez,

je vous mènerais loin de cette forêt,

dans un château somptueux où tous les gens

pourrons voir de leurs yeux votre minois resplendissant

Et le cheval s’abreuva tandis que son maître

continua avec émois son inconvenante conquête.

Il complimentait la jolie femme, voulait qu’un jour elle le rejoigne,

qu’elle abandonne son pauvre état, pour se coucher dans de la soie.

Puis, promettant de revenir, voir sa beauté et son sourire,

il quitta la jolie femme en lui déclarant sa flamme.

Je reviendrai ma gente dame, pour t’enlever de cet infâme.

Tu mérites mieux qu’un coupeur de bois. Devant les cieux, juge de ma foi.

Je t’offrirais mille richesses, et cela je le promets,

tu deviendras une vraie princesse. si tu te joins à mes côtés.

Alors sur ses belles paroles, qui dans le cœur feraient écho,

dans une chevauchée folle, il partit à grand galop,

laissant là la pauvre femme, à ses corvées et ses chiffons,

qui se rêvait soudain en dame, accoutrée pour de grandes réceptions.

Sûr qu’elle aurait fait un bel effet en se déjouant de la pauvreté

et qu’alors la populace aurait glorifié sa grâce.

Quand ce soir-là le bûcheron rentra,

les pieds usés, tout autant que les bras,

qu’il était enfin temps que sa femme l’embrasse,

celle-ci contrariée se montra de glace,

allant même jusqu’à taire sa rencontre improbable

avec le riche propriétaire, ce jeune et fielleux notable.

Mais lorsqu’ils allèrent enfin se coucher,

sous le ciel sublime mais plein d’obscurités

l’un contre l’autre ils se blottirent, et s’embrassèrent en un soupir.

Le lendemain, à l’aube, quand le bûcheron partit,

la hache sur l’épaule, s’engouffrer dans les taillis,

sa femme le regarda, cet homme un peu balourd,

ce gentil coupeur de bois, avec le cœur plein d’amour.

Et ce jour-là, à coups de hache, de ses puissants bras,

attelé tout à sa tâche, le bûcheron coupa, coupa.

Et comme il en était capable, il faucha une vingtaine d’arbres.

Quand le soir fût venu, il retrouva sa femme,

mais il était tant fourbu qu’il ne vît pas le mal…

La suite dès mardi.

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