Cœur de bois – Dernière partie

Puis elle prît le chemin de la nuit et du froid.

Le cœur de l’homme assassin devînt cœur de bois.

Quand vînt le jour du lendemain, le bûcheron était folie,

et c’est avec immense entrain qu’il chemina dans les taillis.

Sa lourde hache dans la main, taillait, fauchait, fendait, tranchait.

Et ce n’était pas très malin car aucun arbre n’en réchappait.

Le bûcheron était minable, il tuait sa belle forêt.

Et ce fût bien incroyable, il avait tout décimé.

La folie l’avait gagné.

Il ne pouvait plus s’arrêter.

Quelle tuerie abominable !

Quel meurtre épouvantable !

Mais comme il en était capable il ne laissa pas un seul arbre.

Fou, il ne pouvait plus s’arrêter,

devait couper, trancher, faucher.

Et lorsqu’il n’y eut plus de bois auquel s’attaquer,

avec une férocité qu’il devait encore répandre

et sa hache toute tâchée par les branches réduites en cendres

le bûcheron décida qu’il lui fallait se diriger,

par d’immenses pas jusqu’à l’immense palais.

Aucune porte, aucune muraille, ne pouvait contenir

toute sa colère, toute sa hargne, pas même les joyeux souvenirs.

Il traça sa route entre les noirs et longs couloirs

et ce fût sans un doute qu’il déploya ses cauchemars.

Lorsque enfin il s’arrêta devant la chambre silencieuse

c’est lentement qu’il s’engagea pour révéler des ombres hideuses.

Deux souffles qui respiraient dans la tiédeur d’un lit

deux êtres enlacés par le désir et l’envie

Quand le bûcheron vît les deux corps du noble et de sa femme,

il ressentit alors plus fort la pression de tout son mal.

Il enragea, il fulmina, et sa grande cruauté,

qui désormais était sa croix, allait enfin se libérer.

Il s’approcha d’un pas rude près des deux corps endormis

Et c’était une certitude il allait briser leurs vies.

Alors le bûcheron faucha et l’amant et la belle,

et il les trancha comme il aurait tranché deux chênes.

Le cœur du bûcheron, comblé de trop fissures

métamorphosa l’homme en un bois le plus dur.

Sa peau boisée se craquela

des racines le figèrent dans la terre

L’amoureux meurtrier se chargea 

de branches courbées sans lumière.

Et, de ce peuplier on peut toujours entendre,

dans les jours obscurs et dans les nuits qui tremblent,

le triste chant funeste, la complainte morose,

les larmes de détresse d’un cœur devenu chose.

Ce sont des mots lourds, de sombres et déchirants cris

qui pleurent la fin de l’amour, la vengeance d’un futur trahit.

Ainsi l’on peut dire, en guise de conclusion,

que de ressentir parfois trop de passion

n’est pas toujours un somptueux bienfait :

quand le cœur devient lourd il se met en danger.

Car s’il y a bien une chose dont je suis certain

c’est qu’un cœur trop morose, un esprit trop chagrin,

peut bien vite basculer dans une triste folie

s’il ne sait qui aimer, s’il se sent démuni.

Tout homme, à souffrir, est un homme aux abois.

Tout homme peut devenir un homme cœur de bois.

FIN

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