Le jour où je me suis pris pour un dieu

Le jour où je me suis pris pour un dieu était un dimanche et il faisait vraiment très, très chaud, mais vraiment hein, terriblement chaud, chaud à vous tremper le t-shirt, et c’est comme ça que commence cette histoire incroyable (mais qui est tout de même une histoire tout à fait croyable au final).

Tandis que le soleil éclatant martelait le pays tout entier, que la chaleur étouffante faisait fondre routes et corps spongieux ; tandis que, tous, nous cherchions à retrouver notre souffle en se réfugiant sous les arbres ombrageux ou en suçotant une glace à l’eau liquéfiée ; tandis que nous subissions un état somnolent, attendant impatiamment l’heure du crépuscule et que vienne enfin se poser un zeste de fraîcheur ; tandis que tout souffrait, tout mourait, se pliait, sous le couroux tyrannique d’un été trop zélé ; j’allais, invraisemblablement, me prendre pour un dieu.

Cela vous interloque, n’est-ce pas, avouez-le ?  

Pourquoi me comparais-je tout d’un coup à Zeus, Appollon, voire Michel Drucker – qui demeure, admettons-le, un véritable (honorable ?) dieu du PAF* (PAF : Paysage Audiovisuel Français ;)). Quoi que je parle de Michel Drucker en dieu télévisuel, mais c’est probablement plus vrai pour Cyril Hanouna ou Nagui à l’heure actuelle, Jean-Pierre Foucault aussi il y a plus d’une décennie, mais actuellement il fait plus grand chose à part Miss France et nous annoncer les numéros gagnants des tirages de l’Euromillions, et puis je me remettrai jamais de sa disparition de Qui veut gagner des millions ? . Ha ! Jean-Pierre, avec son petit air espiègle et son sourire en coin qui nous filait des frissons… Jean-Pierre et sa petite mèche classe et décontractée…

Mais voilà que je m’égare, revenons-en au véritable sujet.   

Je re-contextualise.

Canicule.

Transpirations.

Je vais me prendre pour un dieu…

Voilà !  

Pourquoi, donc, me croyais-je soudainement tout droit descendu de l’Olympe alors que, comme tous les autres, je tentais de m’éventer à l’aide d’une casquette délavée, que mes yeux plein de sueur  me brûlaient, et qu’ils se plissaient, s’inclinaient, face à la luminosité ambiante, et que, le torse trempé, je perdais toute l’eau que j’avais stockée dans mon corps, ainsi qu’une bonne partie de mon sex-appeal.

Alors pourquoi, quand on y pense, moi qui faisais parti du commun des mortels, que l’on aurait pu confondre avec n’importe quel autre barbu à la chevelure blonde-vénitienne aimant les gnocchis et les séries Netflix, pourquoi moi, si ordinaire, si complètement banal, me prenais-je pour un dieu ?

Et bien je vais vous le dire, sans me jouez de vous.

Laissez-moi vous confier ce terrible secret dont je n’ai jamais parlé jusqu’à ce jour.

(Je ne sais toujours pas si mon histoire à commencer ou si je viens d’écrire l’introduction la plus longue et la plus inutile de toute l’histoire des articles de blogs sans intérêt)

Comme je ne vous l’ai pas dit, mes parents, appartenant comme on le dit communement à la classe moyenne, posséde une maison, elle aussi ordinaire, quoi que possédant un certain charme avec ses petits volets marrons, le chèvrefeuille qui tapisse le jardin, et la vieille balançoire rouillée qui n’a pas servi depuis plus de vingt ans.

Mais voilà, en plus de la quiétude qui règne en ce lieu douillet, il y a chez eux une chose très appréciable lorsque la température avoisine les 35 degrés et que le soleil ravageur nous brûle les os. Je vous parle, bien entendu, d’une piscine. D’une longueur de 10 mètres sur 4,50 de large, comportant des litres d’eau dans lesquels barboter, c’est ce genre de construction qui vous fait dire que l’être humain a tout de même une incroyable capacité à savoir créer de beaux objets, des architectures essentielles au bien de tous – et plus particulièrement à ceux qui en ont les moyens ; et si je suis bien forcé d’admettre apprécier plus mes parents que leur piscine, je dois avouer que, lorsque je crève de chaud, le grand bain me procure plus de confort qu’ils ne peuvent m’en apporter.

D’ailleurs, comment le pourraient-ils ?

Je ne peux pas me baigner dans mes parents, ce serait physiquement impossible et moralement vraiment dégoûtant, alors la piscine c’est quand même vachement bien parfois.

Etais-je alors un fils indigne, un profiteur, un rejeton malfaisant qui devrais avoir bien honte de ce qu’il écrit ? Probablement. Oui.

Toujours est-il qu’en plus d’être un enfant salaud, je me prenais pour un dieu, et si le premier qualificatif n’avait rien de très glorieux , le deuxième était, pour le moins, vraiment impardonnable, surtout aux yeux des dévots et des âmes pieuses, et de Mère Teresa aussi j’imagine. Elle est décédée ? Ha bon ! Mais je suis sûr qu’elle me regarde de là-haut.

Bref, alors que j’étais de passage chez eux, que mes parents étaient bien contents de me revoir et que moi j’étais bien content qu’ils aient une piscine, je me trouvais à somnoler tranquillement sur un transat, tournant négligement les pages d’un livre dont je ne comprenais plus rien, en partie à cause de la chaleur qui m’abrutissais plus que de coutume, en partie aussi parce que je me désintéressais totalement de la vie de Benjamin Castaldi.

Je déposais alors le livre sur le côté.

Effrayé par le mouvement de mon bras, un lézard fila se réfugier sous les pierres.

Je me levais d’un bond malhabile, short de bain déjà enfilé sur les fesses, et avançais peiniblement avec mes jambes pâles et rayées (à cause des lattes du transat pour les rayures et à cause de mes gênes irlando-poitevines pour la pâleur).

Je me dirigeais tranquillement vers le bassin.

L’eau n’était pas trop fraîche et il était facile de s’y immerger.

Je me mouillais tout de même la nuque et les épaules avant d’y plonger tout mon corps, fallait quand même faire gaffe à l’hydrocution.

J’eu un petit frisson au moment d’entamer quelques brasses.

Le soleil me tapait sur la tête.

Mon père feuilletait des nouvelles de Pierre Bellemare tandis que ma mère se faisait une partie de scrabble solitaire. Elle venait de se faire une trentaine de points avec le mot enjambé, ce qui n’était vraiment pas mal, et elle espérait d’ailleurs battre son record personnel, si d’aventure elle pouvait placer son Z sur un autre mot comptre triple.  

Moi, je profitais du liquide plein de chlore pour refroidir mon corps auparavant brûlant, et à ce moment-là, soyez en sûr, je n’étais encore qu’un bête humain qui se trempait les miches dans une piscine.

Sauf que voilà, bientôt, pendant cette baignade inoffensive, j’allais connaître les affres du pouvoir, ayant droit de vie et de mort sur des créations divines. En fait il s’agissait surtout d’insectes imbéciles qui s’étaient trouvé piégés dans le bleu de l’eau pernicieuse.

Des fourmis se débattaient frénétiquement pour regagner la rive, et des coccinelles gesticulaient leurs petites pattes pour s’accrocher au liner – pour celles et ceux qui  ne connaissent pas les termes piscinophiles, bande d’ignares, le liner c’est une sorte de couche plastique, souvent bleue, qui recouvre le fond et les côtés de la piscine, enfin si je copie une définition chopé sur internet pour être plus précis ça donne ceci :

Le liner est ce que l’on appelle un revêtement de piscine indépendant de son support.

Très concrètement, le liner est une grande poche étanche qui va vous permettre de retenir l’eau dans votre piscine. Il est réalisé par l’assemblage de plusieurs bandes de PVC qui sont soudées entre elles. Cette opération est, en fonction des liners, réalisée en usine ou sur place, directement au moment de la pose.

Je dois avouer que c’est bien mieux expliqué comme ça, et aussi, que je regrette amèrement de vous avoir traité d' »ignares », comme ça, gratuitement, alors que, moi même, je suis parfois un bel imbécile, puissiez-vous me pardonner…

Enfin voilà, des êtres se noyaient tandis que je batifolais, pire encore, lorsque j’y pense, ils vivaient le pire instant de leur vie et allaient bientôt mourir à l’endroit même où je passais un agréable moment.

Et l’eau qui les tuait me faisait, à moi, le plus grand bien.

Le monde est parfois vraiment injuste.

Puis, soudainement, je sortais un peu de ma douce torpeur, et, prenant conscience de l’incongruité de la chose, et parfaitement emplis de charité et de compassion pour ces petits insectes, je décidais de leur venir en aide.

Je pris ma générosité à deux mains – ce n’était pas facile – et m’approchais doucement de chacun, répétant le même geste à maintes reprises, plongeait ma main en-dessous d’eux, prenant garde à ne pas les aspirer vers le fond, pour les remonter à la surface sur mes doigts puissants. 

Ma main devenait une sorte de miracle qui les sauvait d’une mort certaine, un bateau magique venu de nulle part, sachant même voler, qui, habilement, d’une gestuelle pleine de compassion, les ramenait  sur la rive pour leur offrir une seconde vie, une renaissance, une résurrection.

Et chaque fois, la main levée, au-delà des vaguelettes et des courants impétueux, je soufflais sur mes doigts, doucement, pour sécher les ailes des petites bêtes volantes, et les faire tomber à terre, délicatement, afin de vite repartir secourir d’autres âmes en peine.

Je sauvais, divinement bien, une bonne trentaine de fourmis, cinq coccinelles, et d’autres petites bêtes que je ne connaissais pas (je suis nul en insecte).

Je repêchais ces êtres futiles, pour lesquels le destin n’avait pas été conciliant.

Je les sauvais avec bonheur, faisant mine, tout de même, de ne pas voir les punaises, ces horribles bêtes disgrâcieuses que je me refusais d’approcher.

Ainsi, je me trouvais être un dieu pour le moins indigne et tyrannique, voire génocidaire, puisque j’accordais le droit de vivre aux petits insectes mignons tandis que je refusais la salvation à ceux qui me répugnaient.

Quelle tristesse de se découvrir comme tel !

Moi qui, bien souvent, aimais à parler de partage, de fraternité, moi qui rêvais un monde humaniste, moi qui aspirais depuis toujours à une société plus juste et à l’égalité des chances en toute circonstance, je me trouvais alors confronté à un choix bien cornélien.

Voulais-je devenir ce que je haïssais ?

Voulais-je avoir ce pouvoir incroyable et trop grand de décider de qui pouvait vivre ou mourir ?

Certes non.

Cela ne me ressemblait pas.

Et puisque je devais retrouver mon humanité et ma place dans ce monde, que je ne devais plus me prendre pour ce que je n’étais pas, et qu’il était terriblement injuste de faire cet horrible tri sélectif, je n’eu pas besoin de réfléchir trop longuement…

Je quittais le bassin et laissais tous les insectes mourir ensemble, tous égaux.  

Et puis, au final, ne se mêler de rien et laisser faire, c’était peut-être ça aussi se comporter comme un dieu.

– Je vous rassure, depuis, j’ai sauvé d’autres nombreux insectes, mais toujours pas des punaises, je déteste les punaises. Vous trouvez que je n’apprends pas de mes erreurs ?

– Je vous rassure une nouvelle fois, je ne me suis jamais pris pour un dieu sauf que, il m’arrive de me demander comment me perçoive les insectes lorsque je leur sauve la vie, certainement comme une sorte de miracle. Vous imaginez, vous, si vous étiez en train de vous noyer dans un lac et qu’un bras immense venait vous repêcher et vous déposer sur la berge, vous le penseriez comment ?

2 réflexions sur “Le jour où je me suis pris pour un dieu

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s