Le jour où le président de la république a fait foirer ma rencontre auteur

Le jour où le président de la République a fait foirer ma rencontre-auteur, c’était un vendredi, il faisait plutôt beau, quoi qu’un peu froid, mais rien de plus normal puisque c’était l’hiver.

La veille il avait fait une allocution pour dire que la saleté de virus qui embêtait pas mal de pays commençait à nous embêter vachement aussi. Du coup il a annoncé qu’il y allait avoir des restrictions et que les bâtiments publics allaient bientôt fermer, enfin je sais plus exactement ce qu’il a dit parce que à ce moment-là j’étais au restau avec une amie, donc j’avais pas trop suivi l’affaire, mais le message qu’il faisait passer c’était à coup sûr un truc du genre : C’est grave la merde les gars ! Faîtes gaffe à vous et éviter de voir trop de gens parce que sinon vous risquez de vous faire attraper par le méchant virus.

Voilà !

Moi, j’avais commandé une tarte-tatin.

Enfin, le lendemain matin c’était un peu le bazar quand même, parce que la responsable de la médiathèque n’était pas certaine que l’on puisse faire notre animation, elle n’avait pas encore reçue de directive à ce sujet et, du coup, je ne savais pas trop sur quel pied danser, d’autant plus que je danse mal des deux pieds.

Puis elle me confirma notre animation pour le soir à 18h.

Bon, la situation n’était pas vraiment idéale, et vous pensez bien que ça faisait pas mal flipper toute cette histoire et que ça invitait pas franchement les gens à aller se balader dans une bibliothèque et à tripoter du bouquin ; alors se pointer à une rencontre-auteur pour écouter discourir un mec dont vous n’avez jamais entendu parlé, c’était pas hyper engageant non plus.

Moi je l’avais vachement préparé cette rencontre, j’avais préparé un plan avec tout plein de Grand I petits a) petits b) , et des flèches dans tous les sens pour pas oublier certaines références, et des citations, des questions, des réponses, tout ça, tout ça.

J’avais pas mal bossé dessus.

Surtout que c’est vraiment pas un truc évident de parler de son bouquin, enfin moi je trouve pas ça évident en tout cas, même parler de ce qui m’a plu dans un livre après l’avoir lu je trouve pas ça facile, alors vous voyez, c’était pas gagné.

Bref, c’était le vendredi, le dernier vendredi avant le confinement numéro 1 – ouais parce que les confinements, par la suite, y en a eu plusieurs, c’était comme des parutions de Paris-Match qu’on attendait résigné et la mine abbatue – et j’étais hyper excité et vachement angoissé aussi, mais pressé de me prêter à ce nouvel exercice, parler de mon travail et conquérir des lecteurs, comme un trader conquiert des parts de marchés (après j’y connais vraiment rien en trading, les bourses, le CAC 40, tout ça, tout ça, mais c’est pour dire que j’y allais vraiment avec un mental de guerrier, et cela même si j’avais un peu envie de me faire pipi dessus).

Je me suis pointé avec un peu d’avance – une fois n’est pas coutume – et c’est la directrice de la médiathèque qui m’a accueilli avec son sourire dynamique et ses lunettes rieuses, elle était super sympa. Elle m’a mené jusqu’à la salle des animations où allait se dérouler ma prestation, mais bon, déjà, y avait vraiment pas un chat dans la bib quand je suis apparu, alors ça sentait grave le roussi pour ma rencontre.

Y avait personne dans les rayons de la médiathèque, et pas plus dans la salle d’animation. Pourtant ma venue avait été décidée par un comité de lecture et y avaient des affiches et mon nom dans l’agenda culturel du bâtiment, de plus, la responsable de la bib m’avait affirmé qu’il y avait plusieurs lecteurs d’intéressés.

Mais voilà, je crois que ma première rencontre auteur tombait pas vraiment au bon moment, c’est peu de le dire.

Il suffisait d’éternuer pour faire fuir tout un bataillon.

Enfin, comme j’avais de l’avance (j’aime bien répété que je suis arrivé en avance), j’en ai profité pour installer mes affiches, empiler quelques bouquins, en une sorte de petite mise en scène qui faisait un peu pro, et un petit tour aux toilettes pour se vider la vessie avant le spectacle.

J’étais prêt mais pas un chat à l’horizon, et pourtant j’avais même mis une veste un peu classe qui me donnait un air de documentaliste (on s’achète du crédit comme on peut).  Alors on a laissé passer un peu l’heure pour attendre que du monde arrive, mais ça n’a pas changé la donne : j’allais, comme un humoriste en début de carrière, connaître mon premier stand-up devant une salle vide.

Enfin, vide, pas tout à fait, y avait bien ma petite amie de l’époque, mes parents (ça faisait déjà 3), la responsable de la bib, une lectrice curieuse, une autre très silencieuse, puis, un peu plus tard, une autre de mes connaissances.

Ok.

Tant pis.

J’allais être pro et m’adapter.

Show must go on.

Ou plutôt, show must begin.

Je commençais par une petite introduction pour poser le décor : Frédéric, 33 ans, auteur, bibliothécaire, féru de poésie, amateur de gnocchis, aimant pratiquer l’humour et passionné de grasses mat’… Puis je parlais de mon premier roman, de sa réalisation, des difficultés dans l’écriture, de mes recherches, de mes implications en auteur indépendant.

Je leur présentais le sujet de l’histoire, discourait sur le Temps qui passe et les instants fugaces, racontais ma mélancolie.

Tout ça se muait en un échange très amical et ça s’emballait en discussion sur la perception du temps, de l’écriture, de la solitude ; je prenais le plis et j’éprouvais de plus en plus de facilité à me raconter.  

Au final, c’était vachement intéressant et j’échangeais pendant presque une heure, malgré le peu de participants.

J’étais content de moi, et puis mon papa et ma maman m’ont dit que je m’en étais bien sorti, comprenant la difficulté de se mettre en scène devant un public aussi restreint.

Si c’est papa et maman qui le disent…

Voilà, je vous avoue, je me souviens pas de tout en détail – en même temps j’écris une petite chronique avec plus de un an et demi de retard – mais c’était vraiment hyper enrichissant et j’en suis sorti très fier de moi.

Mais bon, n’empêche, c’était quand même pas de bol que ça tombe juste à ce moment-là, en plein début de fin du monde.

Le jour où le président de la République a fait foirer ma rencontre-auteur, c’était pas vraiment à cause de lui, mais plutôt à cause du vilain virus et des hasards du calendrier, et puis ça s’était plutôt bien passé, j’avais quand même vendu 2 livres ^^

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